Transports en commun (voir des photos)
Un homme et une femme sortent du Choeur.
Homme Tu ôtes le chien du milieu du lit. S'il te plait !
Femme Ça ne t'empêche pas de me toucher, d'être gentil, d'être un peu tendre.
Homme Excuse-moi, je n'arrive pas à passer par dessus ça.
Femme Ce n'est qu'un chien. Caresse-moi, que je te caresse.
Homme Tu as vu comme il me regarde ?
Femme Il s'appelle Jules.
Homme Jules ! C'est un nom d'homme.
Femme Il est très vieux. Comme si tu avais quatre vingt quatre ans.
Homme Il ne les fait pas.
Femme Je ne t'en ai pas parlé au restaurant ?
Homme Tu m'as dit que tu avais un F3, une grande chambre, un petit lit, un appareil à croque-monsieur, que tu n'aimais ni les films d'amour ni les fours à micro ondes !
Une Choreute C'est pourtant bien pratique les fours à micro ondes.
Une autre Pour décongeler !
Une autre Pour faire chauffer du lait sans avoir de casserole à laver.
Une autre Quand on est quatre à la maison et qu'on ne petitdéjeune pas forcément tous ensemble, c'est rudement commode.
Un Choreute Moi, la première fois, j'ai mis deux oeufs entiers. Crus. Pour les cuire dur. Boum ! ! Incroyable le nombre d'endroits que l'éponge ne peut atteindre !
Homme mais tu ne m'as pas parlé de ton chien ou de ta chienne.
Femme C'est un bâtard. Chaque fois que je partais travailler, il hurlait à la mort pendant des heures. Tu te rends compte : hurler à la mort et pleurer mon absence dix heures par jour, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Il reconnaît le bruit de ma voiture, celui de mes pas, mon parfum tu as remarqué mon parfum ?
Homme (hésitant) n° 5 de Chanel ?
Femme Lamentable !
J'ai dû lui faire couper les cordes vocales à cause des voisins. C'est un chow chow.
Homme Tu ôtes ce chien du milieu du lit ? S'il te plait.
Femme Au restaurant, tu es devenu tout chose, tu t'es penché vers moi et, tout bas, tu m'as dit que tu pourrais me caresser pendant des heures. C'est bête, ça m'a émue. Caresse-moi, que je te caresse.
Homme Excuse-moi, je n'arrive pas à passer par dessus ça.
Il regagne le choeur.
Un homme sort du choeur.
Homme J'aimerais lui écrire des mots d'amour. J'ai l'amour, j'ai pas les mots. Lui faire une musique peut-être. Mais je ne sais pas écrire de la musique. Blanche blanche noire. Je ne sais pas. Mais je sais poser du carrelage. J'ai carrelé sa salle de bain. Entièrement. Vingt trois mètres carrés de carrelage. J'ai pris une bombe et j'ai écrit des mots d'amour sur les murs, sur le sol, sur le plafond. Et vite, j'ai posé du carrelage. Quand elle prend sa douche ou son bain, il y a de l'amour qui suinte de partout, des murs, du sol, du plafond. Et peut-être que ça la fait chanter. C'est du T3. Tout blanc. Tout pur. Pour usage intensif.
Choreute (Lui et les suivants parlent au public)
La première fois qu'on m'a demandé en mariage, je n'étais pas là. Quand je suis rentré, j'ai tout de suite vu la petite lumière rouge. Et j'ai entendu cette voix qui me demandait en mariage.
Qui me disait : " Je voulais simplement vous demander en mariage." Et c'était une très jolie voix mais la personne n'a pas, n'a pas laissé ses coordonnées. pourtant j'avais dit : "Laissez vos coordonnées et je vous répondrai dès mon retour." Elle n'a jamais rappelé. Voilà.
Un autre La première fois qu'on m'a demandé en mariage, on était dans la salle de bains, je ne sais plus ce que je faisais. Lui se rasait. Non non non, il essorait du linge et on conversait comme ça, et à un moment, je ne sais pas, je ne sais pas comment c'est venu, j'en suis arrivée à parler de mariage, oui oui c'est ça. Il a posé le linge qu'il était en train d'essorer, il s'est retourné et il a dit : qui ça ? nous ? et moi j'ai dit non non non, non non. Et puis on n'en a plus jamais reparlé.
Un autre La première fois qu'on m'a demandée en mariage, on revenait d'une chevauchée sur l'A66. Il est arrivé vers moi en faisant rouler ses tatouages et puis il m'a dit : dis donc toi, c'est quoi ces bas, on dirait des sacs à patates. Je lui ai dit : si c'est des sacs à patates, toi t'as qu'à pas les regarder t'as qu'à pas y toucher. Et il m'a dit : de toutes façons, moi c'est pas le sac qui m'intéresse, c'est la patate qu'il y a dedans. Ça, ça m'as... enfin voilà quoi, c'était chouette, alors tous les deux, on est monté sur sa Harley et on est allé se marier à Las Vegas.
Un autre Quand on vous demande, c'est moins stressant que quand c'est vous qui demandez. Parce que quand on vous demande, vous connaissez la réponse. Quand vous demandez, vous ne savez pas. Côté émotionnel, c'est fort... c'est un peu comme quandS peut-être même plus fort. Peut-être même plus fort...
Un autre La première fois qu'on m'a demandé en mariage, j'étais très âgé. C'était sur la plage, dans un camp naturiste. J'étais très ébloui, très suant. Je venais d'acheter un sandwich. Une femme m'a proposé de la pommade.
Elle m'a dit " Je souhaite que vous surviviez." J'ai sauté à l'eau.
Les membres du choeur se tournent les uns vers les autres et très joyeusement racontent leur première demande en mariage (authentique ou inventée), parfois à des sous-groupes de deux ou trois, parfois à tout le choeur. Le public ne perçoit que des bribes.
Un Autre (en confidence au public) Tant que je n'ai pas eu de répondeur, j'ai pu rêver, penser que, pendant mon absence, plein de gens m'avaient appellé, (sinistre) Maintenant, j'ai un répondeur, je sais.
Un homme sort du Choeur. Il parle au public.
Je m'appelle Bertrand. Je suis gérant. Je gère un
magasin. Une bijouterie. Mes vendeuses ? Des créatures superbes. Elles parlent de sexe. Toute la journée. De sexe. C'est-à-dire de stérilet, de règles douloureuses, d'utérus fibromateux, de frottis vaginal, de démangeaisons mycosiques, de vaginisme, de pertes blanches. Et quand elles ne parlent pas de leur sexe, elles parlent de leurs seins. Des boules. Des mammographies. Tout plat. Il faut que le sein soit tout plat pour la mammographie. Alors elles montrent. Comment l'écraser sur la plaque. Elles
en posent un sur le comptoir et schlac ! (geste très sec, comme s'il applatissait un sein imaginaire au niveau de sa poitrine) elles l'écrasent. Je gère un magasin. Une bijouterie. Je suis gérant.
(le Choeur le phagocyte tendrement)
Un homme sort du Choeur. Il est très souriant; très ouvert. Il explique au public.
Je m'appelle Sujito. Jugi Sujito. J'aime beaucoup les
bicyclettes. Je suis japonais. J'habite Tokyo. Je suis victime d'une injustice intolérable. Il faut d'abord que vous sachiez que je suis stressé. Très stressé.
Pour passer de l'état stressé à l'état non stressé, j'ai trouvé un moyen. Je sors dans la rue et, avec un pavé de béton, je frappe les femmes que je rencontre. Je les frappe toujours à la tête et toujours avec un pavé de béton. Je ne choisis pas, je frappe au hasard. Mais toujours des femmes, toujours à la tête et toujours avec un pavé de béton. Ensuite je rentre chez moi. Mon stress va beaucoup mieux pendant un appréciable moment.
Maintenant, je vous parle de l'injustice. J'ai frappé à la tête trente femmes avec un pavé de béton. Trente. Pas une de plus. Or la police et les media disent que soixante femmes ont été frappées inopinément à la tête dont une trentaine avec des bouteilles, des bâtons, des battes de base-ball, des haltères. Or moi, Jugi Sujito, je suis formel : je n'utilise que le pavé de béton. Je me refuse à porter le chapeau. C'est effroyablement injuste.
Il n'y a rien de plus stressant que l'injustice. |
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